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mardi 5 mai 2009

Dossier Madagascar - 10

…Richesses naturelles, certes, mais culturelles également !
Le caméléon est rouge d’excitation et son débit s’accélère pour parler des Malgaches.«…Ce qui nous caractérise, c’est l’attachement aux ancêtres…»
Le monde des vivants et le monde des morts vivent en interaction, chacun y a sa place et il est essentiel d’honorer les morts qui accèdent progressivement au statut d’ancêtres. En Imerina, on parle du “Famadihana”, ou “retournement des morts”. Il s’agit, 7 ans après la mise au tombeau familial, de sortir les morts du caveau et de les ré-envelopper d’un nouveau suaire de soie sauvage lors d’une grande fête. Ces morts aux os secs où se fixe l’âme pacifiée accèdent au statut d’ancêtres, le temps de la corruption du corps étant à l’image de l’âme souillée et errante.
«…Notre culture est grande, comme les hommes: on parle de 18 ethnies, les Français formant pour un temps la 19ème…», dit-il en souriant.
Ces ethnies sont le fruit d’héritages historiques et de découpages géographiques. Car ces dénominations à portée administrative oblitèrent les grandes formations politiques du passé comme les royaumes ou les ensembles lignagers(*). Les missionnaires puis la conquête coloniale ont une certaine responsabilité dans ce découpage parfois arbitraire du territoire en groupes ethniques.
«…Mais…», continue le caméléon, «…les noms des ethnies sont surtout révélateurs de leurs cadres naturels spécifiques, tels: les Tanala, “ceux de la forêt” ; les Sihanaka, “ceux des marais” ; les Antefasy, “ceux des sables” ; les Sakalava, “ceux des longues vallées” ; les Merina, “ceux des Hautes-Terres” ; les Antemoro, “ceux des rivages”, etc.».

A l’histoire géologique succède l’histoire des malgaches
L’histoire de Madagascar voit notamment le développement et l’expansion de puissants royaumes: royaumes Sakalava tels ceux du Boina et du Menabe au XVII-XVIIIème siècles. Le XIXème siècle est marqué par l’expansion du royaume Merina(*). Les rois Andria-nampoinimerina (vers 1787- vers 1810) puis Radama Ier (1810-1828) étendent leur domination jusqu’aux 2/3 de l’île. Les missionnaires protestants de la London Missionnary Society arrivent à Madagascar en 1818 et s’appuient sur cette royauté Merina*: ils fixent la langue malgache par écrit.
Le règne féroce de Ranavalona Ière (1828-1861) est marqué par le rejet des Européens (1835). A sa mort, en 1861, ceux-ci reviennent. Après une première guerre franco-merina (1885), la France colonise Madagascar en 1895, colonisation qui durera jusqu’en 1960, marquée en 1947 par une révolution durement réprimée.
C’est le 20 juin 1960 que la Grande Île accède à l’indépendance: la Première République Malgache indépendante est présidée par P. Tsiranana, fondateur du Parti Social Démocrate. Suite à des émeutes celui-ci démissionnera en 1972: le général Ramanantsoa est alors investi des pleins pouvoirs qu’il cède en 1975 à un officier supérieur de la gendarmerie, populaire et favorable aux réformes, R. Ratsimandrava, qui est assassiné une semaine plus tard.
Un directoire s’impose marquant l’arrivée deD. Ratsiraka. La Seconde République est marquée par l’inspiration du “boky mena”, livre rouge qui se réclame du socialisme scientifique et du modèle Nord Coréen. La pénurie, la corruption et la répression se généralisent.
En 1992, tout bascule: une grève générale non violente paralyse le pays, la coalition des partis de l’opposition cherchant à faire démissionner D. Ratsiraka.
Le gouvernement est dissous. Albert Zafy est élu en 1993 à la fonction présidentielle: la Troisième République doit administrer un pays où l’État est démantelé et où se sont multipliés les trafics. Par ailleurs, le prix du riz flambe.
En 1996, l’Assemblée Nationale prononce un empêchement contre A. Zafy et des élections anticipées pour élire un nouveau président. D. Ratsiraka est réélu avec une infime différence de voix.


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Reproduction du dossier paru dans Novae-Environnement - septembre 2001

Dossier réalisé collégialement par : Soline Astier • Guillaume Bry •
Maël Dewynter • Philippe Macquet
Avec la collaboration de : Jean-Jacques Delavaux • Julia Émond • Yves-Marie Gardette • Barbara Guittard • Érik Gonthier • Jean-Noël Labat • Jean-Claude Rabeherifara•
Olivia Randrianasolo • Marguerite Razarihelisoa

Dossier Madagascar - 9

Une faune exceptionnelle…
«…A Madagascar, le nombre des espèces spécifiques est absolument incroyable et reste inégalé…»
Ce sont près de quatre animaux sur cinq qui sont endémiques(*). Souvent, leur forme - signe d’une parfaite adaptation à leur milieu - est aussi la marque de leur originalité.
Sur les 16 Ordres de Mammifères qui existent sur l’ensemble de la planète, 6 sont représentés à Madagascar et ont pu se diversifier de façon totalement autonome: ce sont les Primates (33 espèces de lémuriens) les Carnivores (représentés par 8 espèces de mangoustes, civettes ou le fossa), les Insectivores (29 espèces), les Chiroptères (28 espèces de chauves-souris), 1 espèce unique d’Artiodactyles (les potamochères, sorte de sanglier, originaire d’Afrique et introduit par l’homme), et, enfin, les Rongeurs (23 espèces).
En ce qui concerne l’avifaune malgache (oiseaux) ce sont 265 espèces, au total, qui sont présentes sur l’Île. Le premier constat pourrait amener à qualifier Madagascar de «relativement pauvre», ornithologiquement parlant, si l’on compare ce chiffre à ceux de pays situés à des latitudes équivalentes (ou même au regard d’autres Îles, telles Bornéo ou la Nouvelle-Guinée).
Sur les 265 espèces, 201 espèces sont dites «résidentes» (elles sont soit nicheuses et se reproduisent à Madagascar, soit viennent hiverner sur l’Île).
Parmi ces 201 espèces, 3 ont été introduites par l’homme et plus de la moitié sont uniques à la Grande Île (105 espèces). C’est ce niveau d’endémisme très élevé qui fait, en l’occurrence, le très grand intérêt ornithologique malgache (52.4 % d’endémisme au niveau spécifique et 24.6 % au niveau générique). Il est à noter que 3 familles entières sont également exclusives à l’Île, tandis que 2 autres sont présentes uniquement sur la région malgache (Madagascar, Comores, Maurice, Réunion, Rodrigues). Ces familles endémiques* y constituent le noyau le plus ancien de l’avifaune et toutes ces espèces sont forestières. Elles ont pu développer, au fil du temps, des caractères morphologiques tout à fait extraordinaires. Mais on trouve aussi sur cette “terre promise des naturalistes” des familles d’oiseaux largement réparties à travers le monde: hérons, ibis, canards, etc. évoluant dans les zones humides malgaches.
La diversité des Reptiles n’a rien à envier à celle des oiseaux: à ce jour, près de 290 espèces (chaque année, plusieurs sont nouvellement décrites) dont 99 % endémiques* à l’île, se partagent les différents habitats. L’unique espèce de crocodile semble, elle, embarquée sur l’inexorable voie de l’extinction, tout comme certaines de ses cousines tortues (14 espèces, dont 2 terrestres très gravement menacées - cf article en page 6). On y trouve également près de 180 espèces de Lézards (Caméléons, Gékos, Iguanes), 82 espèces de serpents (dont aucune ne serait venimeuse !) et pas moins de 170 espèces d’amphibiens (Mantelles et Grenouilles-tomate en sont les plus célèbres…).
L’étendue de la faune des Invertébrés – bien qu’incomplètement connue – est tout aussi saisissante: plus de 500 espèces d’escargots (essentiellement endémiques*), 400 d’araignées, 12 de scorpions…
Les insectes constituent le groupe le plus diversifié: plus de 3.000 espèces de Coléoptères connus à ce jour avec un taux d’endémisme frôlant les 100 %, ou bien encore 3.000 espèces de papillons décrites, toutes aussi propres à l’île.

…et une flore extravagante
L’extraordinaire flore malgache, riche de près de 12.000 espèces, dont 85 % d’endémiques(*). Dix Familles entières ne se rencontrent qu’à Madagascar, dont la plus emblématique est certainement celle des Didiéracées, les arbres pieuvres, élément floristique essentiel de la forêt et du bush épineux(*) du Sud et du Sud-Ouest de l’île.
Les Orchidées, avec environ 1.000 espèces, surtout des forêts denses humides de l’est, comptent de véritables merveilles de la nature, recherchées par les collectionneurs du monde entier. Mais l’espèce certainement la plus connue (et richesse économique de l’île) – Vanilla planifolia – est introduite et constitue une des plus importantes cultures d’exportation. Il s’agit de la vanille !
De nombreuses plantes sont couramment cultivées sous les tropiques du monde entier: le Ravenala et le Flamboyant sont celles qui ont eu le plus de succès et l’on ignore trop souvent leur origine malgache.


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Dossier Madagascar - 8

La fin de l’isolement avec l’apparition de l’Homme ?
Le caméléon s’est animé et se pare maintenant d’un vert sombre, à l’ombre des branches. Il pense à l’histoire de Madagascar, aussi riche que sa diversité biologique. «…L’arrivée des premiers hommes se perd dans ma mémoire…», murmure-t-il.
Une double composante rythme l’histoire des migrations: indonésienne puis ultérieurement africaine. Les premiers pionniers qui sont arrivés à Madagascar l’ont fait par bateau. Ces migrations ont été déterminées par le développement des techniques de navigation.
Il est hasardeux de vouloir dater avec précision ces périodes, mais il semble admis que ces premières migrations sont effectuées au moment de l’apparition du fer en Asie (entre 500 av. J.C. et 200 ap. J.C.) et probablement conséquente à l’hindouisation(*) de l’Indonésie (entre 100 et 600 ap. J.C.). Les plus vieux ossements d’espèces animales sculptés par l’homme, ont été datés d’environ 2.000 ans. L’étude de l’épaisseur des couches de charbon, trouvées dans les sédiments des lacs, augmente considérablement au cours de cette même période. Ce qui tend à démontrer, déjà, l’importance des feux et les premières modifications anthropiques des milieux naturels.
Il semblerait que ce soit, en fait, plusieurs vagues successives qui aient marqué la colonisation de l’île, réalisée par des navigateurs venus probablement de Malaisie et d’Indonésie sur des pirogues à balancier. Ils auraient longé les côtes de l’Inde, de l’Arabie et de l’Afrique Centrale, par cabotage(*). Puis, ce n’est qu’à partir des XII-XIVème siècles, que d’autres vagues d’immigrants, à majorité islamiques, ont suivi.
Les profils de pollens, gisant dans les sédiments des lacs (datés à –2000 ans), révèlent également l’arrivée de plantes introduites (dont la marijuana !). Les archéologues pensent que Madagascar a été ultérieurement, un point d’ancrage important sur la route maritime Asie / Afrique, drainée par le développement du commerce.


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Dossier Madagascar - 7

La recette: insularité, relief et climat
«…Il n’est nullement étonnant qu’une telle variété de paysages ait permis l’évolution d’une flore et d’une faune aussi insolite qu’extravagante…» explique le caméléon se parant tour à tour de verts et de bleus, comme pour mieux illustrer ses propos.
Cette diversité géographique, l’Île de Madagascar la tient de deux facteurs principaux, en plus du passé géologique. C’est ce qui influence la biogéographie(*) d’un lieu, relation étroite entre les espèces vivantes, le relief et les conditions climatiques qui en découlent.
A l’intérieur de chaque grande région, il existe bien évidemment des variations qui conditionnent les écosystèmes(*) et les habitats favorables à telle ou telle espèce. Cela créant par ailleurs des relations interspécifiques – concurrence, mutualisme ou parasitisme, par exemple – qui débouchent sur le principe de biodiversité(*), soit à une échelle très localisée ou alors sur des surfaces plus étendues.
Le relief scinde, nous l’avons vu, l’Est de l’Ouest par une large épine dorsale courant du Nord au Sud. C’est ce qui conditionne les paysages, principalement selon le climat. C’est, effectivement en raison de ses altitudes fort différentes et de son étirement Nord-Sud, que Madagascar connaît des conditions climatiques très variables selon la latitude et l’altitude. Toutefois, ce climat reste très largement insulaire. Il expose la partie à l’Ouest de l’île “sous le vent” et sa façade à l’Est “au vent”, créant ainsi deux grandes régions biogéographiques: la région de l’Est malgache et la région de l’Ouest… Avec, entre les deux, les Hautes-Terres constituées par le plateau central.
Les alizés remontant du Sud-Est influencent un climat chaud et humide toute l’année sur tout l’Est de l’île, tandis qu’au Nord-Ouest règne un climat de mousson. La plupart des pluies tombent donc sur le versant oriental et à l’extrémité nord. Par voie de conséquence, les régions situées du Nord-Ouest au Sud-Ouest des Hautes-Terres subissent un gradient climatique de plus en plus aride: à la saison sèche alterne plus franchement une saison humide, la durée de chacune d’elles variant localement selon le même gradient. Les Hautes-Terres, pour leur part, connaissent en hiver de fréquents coups de froid, ce qui fait dire aux malgaches que l’on peut y trouver la “ranomandry”, littéralement “l’eau endormie” (qui illustre la glace !).
En général, la saison des pluies dure de novembre à mars, tandis que la saison sèche s’étend d’avril à octobre. Toutefois, ces périodes peuvent localement subir d’importantes variations. Les précipitations annuelles vont normalement de 300 mm – dans le Sud-Ouest près de Tuléar – à 3000 mm à Nosy-be, Île située dans le Nord-Ouest. Elles peuvent dépasser 3500 mm du côté de Ranomafana, situé sur le versant oriental, en pleine forêt pluviale. C’est de janvier à mars que les cyclones – parfois très violents – peuvent atteindre cette même côte, la pointe nord ou parfois, l’extrême sud de l’île.


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Dossier Madagascar - 6

Biogéographie: tectonique, toujours…
Contrairement aux îles voisines, comme les Comores, Maurice ou la Réunion, Madagascar n’est nullement le fait de l’activité volcanique, puisqu’elle faisait partie de la masse continentale avant de trouver sa place actuelle. Même si des volcans sont à l’origine de certains reliefs comme le Lac Itasy (au Centre) ou la Montagne d’Ambre (au Nord).
Madagascar est en grande partie constituée géologiquement par un soubassement cristallin, en dehors de la région de l’ouest, recouverte, elle, d’une couche de latérite (terre rougeâtre reposant sur une strate sédimentaire).
«…L’une des caractéristiques les plus remarquables de Madagascar…», poursuit le caméléon, «…est sa diversité d’habitats…»
C’est toujours ce même mouvement tectonique – issu du Jurassique supérieur, il y a 140 millions d’années – qui a favorisé un contexte biogéographique exceptionnel, mélange fort subtil entre insularité et diversité de milieux naturels capables de rivaliser avec un véritable continent.

une palette incroyable de milieux
«…La Grande Île dispose en effet d’un nombre impressionnant de milieux bien distincts…»
Il s’agit de forêts tropicales humides à l’Est, prolongement des Hautes-Terres composant un paysage de collines et d’escarpements abrupts, ouvrant sur une mince plaine côtière atteignant l’océan Indien.
Le long de cette côte orientale, s’étire, presque de façon rectiligne, de Tamatave à Farafangana - soit près de 600 km de long – le Canal des Pangalanes. C’est un cours d’eau intérieur formé par une série de canaux et de lacs artificiels ou naturels.
Sur le restant de l’île – l’autre versant descendant doucement des Hautes-Terres vers le Canal du Mozambique – le paysage est constitué de forêts sèches décidues(*) dans le Nord et l’Ouest, de fourrés denses et de forêts sèches dans le Sud et, enfin, de forêts d’altitude à l’intérieur des terres.
Il n’existe pas, à proprement parler de hautes montagnes, mais la partie centrale de l’île, du Nord au Sud, est formée par les “hauts plateaux” dans presque toute sa longueur.
L’altitude moyenne est modeste puisqu’elle varie entre 750 mètres et 1.350 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les trois massifs principaux sont, respectivement Tsaratanana dans le Nord-Ouest – pic volcanique qui culmine à 2.876 m (ce qui en fait le plus haut sommet de l’île) – Andringitra, dans les environs de Fianarantsoa, au Sud-Est qui s’élève à 2.658 m et, enfin, Ankaratra, à 2.643 m, situé au centre du pays un peu au Sud de la capitale, Antananarivo.
La partie littorale, à l’Ouest, est composée de marais, de mangroves(*), ainsi que de longues plages de sable fin. Plus au large se dresse une vaste barrière de récifs coralliens, reconnue comme l’une des plus belles au monde.
Dans le Nord et l’Ouest se dresse un relief aussi unique qu’imposant ; ce sont les “Tsingy” (prononcer “tsing”) massif particulièrement spectaculaire, fait de karst – corail devenu calcaire, soulevé lors de l’épisode de la séparation de l’Afrique – et composant un dédale quasi impénétrable de grottes, gouffres, cavernes et rivières souterraines… Ces formations anciennes étaient jadis sur toute la frange Ouest. Elles ont été depuis – pour tout ou en partie – érodées (notamment par les pluies). Les deux massifs les plus importants subsistant encore de nos jours sont l’Ankarana, au Nord, et le Bemahara, à l’Ouest (cf. article p 21 - “Tsingy de Bemahara”). Ces derniers sont classés en réserve naturelle(*) et font l’objet d’une protection spéciale.


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